Sword Without Master : un nouveau modèle de diffusion pour le JDR ?

Epidiah Ravachol (un nom que l’on oublie pas…) est un auteur Américain de Jeux de rôles / Jeux narratifs encore très peu connu en France, injustice qui sera bientôt réparée avec la publication de Time & Temp (La boite à Heuhh) et Dread (Narrativiste, en fin d’année), deux jeux qui l’air de rien sont des références dans le domaine du game-design. Et cette fois-ci « Eppy » récidive avec un jeu -- Sword Without Master -- qui chamboule discrètement les normes de publication…

Au départ était « The city of fire and coin« , une « démo » (en fait un jeu complet de 23 pages), distribué librement depuis une année environ, en guise de teaser. Dès la couverture, qui rappelle l’age d’or d’un Mézières dans l’ »Empire des milles planètes », on ne peut que frétiller d’impatience. Et le contenu est à la hauteur des frétillements.

Le jeu propose de créer des récits du type « swords and sorcery« , un genre de fantasy illustré par Fritz Leiber, Moorcook, Clark Ashton Smith (trop peu re-connu en France) mais aussi Robert E. Howard  et bien d’autres. Ici, à l’opposé d’une certaine fantasy épique, tout est en tons de gris. Les protagonistes n’y sauvent pas le monde, seulement leur peau, souvent avec un prix à payer. Décadence, dilemmes moraux, parfums capiteux et cultures étrange(re)s, tout y est.  Ce qui n’exclue pas le merveilleux, mais avec un « sense of wonder » et une démesure qui tranche avec les brutes réalités exposées.

Bref, le « Swords and sorcery » est bien plus qu’un sous-genre de la fantasy (et de ses dérives pompiers). Et ce jeu l’illustre comme nul autre.

« Let me tell you the days of High Adventure… »

En quoi le jeu d’Epidiah se démarque des autres ?

- Par son système : L’auteur analyse finement la structure des récits et la retranscrit fidèlement dans le système. Avec ce jeu, vous créez une quasi-nouvelle sans même vous en rendre compte (que vous utilisiez la 1ere ou la 3ème personne).  Tout y est, depuis les duels sur les toits, en passant par la guilde des affreux conspirateurs sur le point de vous torturer, jusqu’au mystérieux dénouement. Avec ce jeu narratif, on est le plus près possible de ce que le Jeu de role prétend faire depuis plus de vingt ans.

- Par une petite grande idée: Une partie importante (aux yeux de votre serviteur) de la génialitude du jeu est la prise en compte de quelque chose qui crevait les yeux, mais qui n’avait jamais été introduit en tant que partie du système: le  ton de la narration. Ceux qui débutaient leurs parties par l’intro de Conan comprendront. Pour les autres, voici une session de rattrapage :

Cette seule idée change complètement la maniere d’aborder la création d’un récit. Votre « surjoueur » (Maitre de jeu) devient la voix off qui chronique vos exploits et turpitudes. Mais les joueurs sont également tenus d’adopter un ton déterminé (Jovial ou Ténébreux, avec une petite vingtaine de nuances) à chaque phase, suivant le résultat des dés et d’autres paramètres. Le ton rebondit ainsi régulièrement et porte l’histoire.

- Par  la forme: le pdf est libre, et en plus, il est « open and play » ! Vous le lisez a voix haute et vous apprenez les règles petit a petit. Un louable effort, excellemment réalisé. Fond et forme.

Vous imaginez déja vos joueurs déclamant leurs exploits ? Précipitez vous sur le pdf…

Reunir ce qui était séparé

Et encore, tout cela ne concernait que la démo. Or Epidiah a révélé en quoi consistera le « jeu complet », et justement, on sort du format traditionnel pour quelque chose de plus proche du « magazine »

- Il sera donc mensuel, avec une sortie par mois (si possible).

- Il sera alimenté par des « appels à texte » rémunérés par les recettes (ci dessous)

- Chaque numéro introduira de nouveaux éléments ou règles pour enrichir les parties.

-  Pour réaliser cette publication, l’auteur fait appel à un nouveau type de crowfuding, plus proche du patronage. Il demande peu, mais mensuellement. Pour 2.99 Dollars US mensuels (si publié), vous pouvez obtenir le pdf complet.

- Le plus important peut-être:  il ne se cantonne pas au jeu mais englobe le genre littéraire qu’il prétend émuler (la revue comportera également des nouvelles). Pourquoi c’est important ? Parce que la raison d’être de ces jeux est précisément de prolonger la fiction littéraire et cinématographique. Or, dans les faits, ils en ont trop longtemps été séparés, avec d’un coté les romans, de l’autre le jeu. L’intérêt de ce projet est qu’il réuni dans un même media des mondes qui ne devraient pas être séparés, et cela ouvre de nouvelles perspectives pour élargir l’audience des « jeux pour raconter des histoires ».

Vous savez l’essentiel. Pour soutenir le projet (et vous abonner) cela se passe ici: http://www.patreon.com/bePatronDone?u=37847

C’est bien bien sur en anglais, mais qui sait ? Si des maraudeurs voudraient se lancer dans l’aventure d’une VF, sous l’égide de Narrativiste, le thread attaché ci dessous les attend…en tout cas, c’est sur, Narrativiste s’attelera un jour au jeu.