Riches en interactions, accessibles à tous, inventifs et générateurs de bonne humeur et de plaisir…. Vous ne trouvez pas de quoi il s’agit ?
Ce sont les jeux d’expression et de communication, une catégorie des jeux (de plateau) dont on ne s’étonnera pas qu’ils soient de plus en plus prisés par les éditeurs, emboitant le pas des joueurs.
Au delà de leur aspect de jeux « légers », les jeux d’expression et de communication ne sont pas si éloignés que ça des jeux narratifs, dont ils constituent une bonne porte d’entrée… et peuvent aussi inspirer pas mal d’innovations.
Voici donc un bref tour d’horizon de ce type de jeux, aux contours encore mal définis (les liens renvoient à la boutique en ligne ludibay)
Les jeux diplomatiques et jeux à rôles

une partie de "Quo Vadis" de Reiner Knizia autour d'un plateau géant conçu pour le Musée d'Arles antique
Du diplomatie au jeu des « loup-garous« , ces jeux de plateau (ou le plateau est souvent absent ou accessoire) font très largement intervenir le « bagou » des joueurs.
Les plus extravertis, sans que rien ne les y obligent, ou les anciens joueurs de jeu de rôle auront vite fait de franchir le pas et d’en tirer prétexte pour se glisser dans la peau de leur personnage.
Si ces jeux restent des jeux compétitifs basés sur des objectifs tactiques, et donc ne sont pas stricto-sensu des jeux de communication, la nécessaire teneur en négociation en fait potentiellement un extraordinaire prétexte à débordement.
Les jeux à codage strict

Tokyo Train : il faut aussi gesticuler (en plus de parler japonais) !
On peut classer sous cette appellation les jeux ou l’information à transmettre est codée de manière figée et représente plutôt un moyen qu’une fin (pour le dire plus clairement: on se contente de suivre des « rails » pour parvenir à des fins ludiques classiques).
Ces jeux ont connus ces derniers temps un certain succès: Tokyo train, Hystericoach et Argh Techt, trois jeux du même auteur, déclinent ce principe simple mais efficace ou la communication est limitée à quelques mots, onomatopées et gestes, ce qui ne simplifie pas les choses, d’où la frustration et le ridicule provoqué.
On pourrait ajouter dans cette catégorie les jeux « à simulacre » tel que l’ironique, minimaliste et brillant Comme des sardines ou vous jouez des manifestants caricaturaux et bruyants brandissant leurs slogans.
Jeux à Cryptage
Sous cette dénomination par défaut se cachent des jeux dans lesquels des mots doivent être placés ou évités. On y trouve le Ni oui ni non, mais aussi dans un registre plus abouti le fameux Carabistouille (récemment réédité sous le nom de Nonsense) et sa version avec (faux) téléphone, Délirophone.
On montre encore d’un cran avec Petits meurtres et fait divers, de même que, dans un style beaucoup plus léger, « Ou êtiez vous », tout deux consacrés, on l’aura deviné, à des simulacres d’enquêtes policières et d’interrogatoires serrés.
Les jeux télépathiques
Ces jeux font intervenir l’empathie, la faculté (magique) de se mettre à la place des autres, de lire dans leur esprit pourrait on dire. Mais il n’est pas ici question de bluff, le but n’étant pas de tromper par des artifices, calculs, ou faux semblants, mais bien au contraire d’analyser la proposition verbale (ou visuelle) des autres joueurs, et rien que elle, pour elle-même.
On trouve dans cette catégorie beaucoup de jeux d’expression les plus attrayants, parmi lesquels le fameux Dixit et le plus ancien mais tout aussi classique Compatibility.
Le plus récent Et Toque est également proche de Dixit, remplaçant les visuels par des assemblages de mots formant des menus.
« Le visiophone arabe » quant à lui, mutation du célèbre « téléphone arabe » en jeu semi-visuel est également à classer dans cette catégorie.
Une partie de Et toque au dernier café-jeu Asmodée d’Avignon
Les jeux scripturaux
Des jeux ou on joue avec le sens des mots (écrits). Le jeu du dictionnaire est l’un des plus aboutis, avec de très nombreuses variantes. D’une certaine manière, un jeu narratif comme Joyeux Anniversaire Robot (traduction française du jeu de D. Solis, disponible en VF ici) est très proche ce type de jeu, la différence étant qu’il est orienté à la création d’une histoire.
En conclusion provisoire
Cette classification étant aussi improvisée que bancale, bien des jeux y échappent partiellement ou totalement, comme The big idea, récemment redécouvert et re-publié. Elle est aussi mal définie car après tout, la communication n’est pas seulement verbale, et au delà des quelques jeux cités ici qui font intervenir des gestes ou des visuels, beaucoup de jeux pourraient dans leur essence être considérés comme des jeux de communication et d’expression….Outre la proximité de Joyeux anniversaire robot avec les jeux scripturaux, ont retrouve aussi par exemple une très forte similitude entre les jeux utilisant le système « narrative cage match » inauguré par Pantheon, et celui de Carabistouille, consistant à placer certains mots imposés sans que son adversaire ne les devine.
Toujours est il que le genre connait un regain d’intérêt, et ce n’est certainement pas un hasard. Les jeux de communication et d’expression, considérés comme un genre « mineur » par les joueurs « tacticiens », connaissent un développement rapide, et si leurs objectifs restent de divertir sur un mode mineur, ils n’en restent pas moins un genre « cousin » à surveiller de près pour les adeptes des jeux-qui-racontent-des-histoires.
Rejoindre la discussion au sujet de cet article sur le forum
