[Bande annonce Lacuna I] Farmer se réveilla en sursaut, la tête remplie d’abeilles….

A la rentrée, Narrativiste.eu deviendra aussi Narrativiste Editions, avec la publication d’un premier jeu: un jeu de rôle « indépendant » américain ou fond et forme ne font qu’un.

N’en disons pas plus,  et découvrez le jeu avec cette nouvelle d’ambiance tirée d’une partie, à suivre.

Un peu de musique pour commencer la lecture ?


Farmer se réveilla en sursaut, la tête remplie d’abeilles. Le goût de cendres qui s’attardait dans sa bouche ne lui était pas familier. Alors qu’il esquissait un mouvement, les yeux lui piquèrent soudain et sa vue se brouilla, teintée de gris. Il compris vaguement qu’il était au milieu d’un nuage de poussière et roula hors du lit en toussant.

En se remettant sur ses pieds, il put voir la pièce où il se trouvait. Une vieille chambre à coucher d’un style passé, chichement décorée de quelques tableaux curieux représentant des cygnes et des canards habillés grotesquement en messieurs et en dames de la haute société. Sur le lit deux places qu’il venait de quitter se trouvait ce qui lui sembla d’abord être une de ces sculptures en sable que font les artistes de plage en été. Elle représentait une jeune femme endormie. Il l’avait à moitié détruite en se relevant, et des pans de sable glissaient lentement sur les draps, révélant progressivement l’intérieur de la sculpture, travaillé de manière impossible en une représentation ultra-réaliste d’organes internes. l’odeur, le nuage qui s’éternisait, les traces grises sur ses doigts et sur son costume sobre l’amenèrent à la conclusion qu’il s’agissait de cendres et non de sable.

Il regarda longuement le cadavre de la sculpture s’affaisser et se répandre sur le lit, incapable de penser à autre chose que la clarté avec laquelle chaque grain de poussière semblait avoir sa vie propre tandis qu’il dévalait la pente presque macabre pour ensuite s’immobiliser sur tel ou tel détail du tissu imprimé. Il fallut la sonnerie asthmatique d’un vieux téléphone pour l’arracher à sa rêverie, et lui faire prendre conscience de la femme de ménage qui était entrée dans la pièce.

« Pauvre madame Lenavitz », marmonna la vieille en arrachant un large morceau de chair au tas de poussière, qu’elle fit tomber dans sa corbeille. Elle se tourna vers Farmer et sembla le voir pour la première fois. Ses sourcils se froncèrent. « Qui êtes-vous, monsieur ? »

Farmer ne savait pas quoi répondre, et la sonnerie du téléphone se faisait de plus en plus insistante. « C’est à dire que… » commença-t-il, perturbé par le regard de la femme. Celle-ci jeta alors violemment son matériel de nettoyage au sol et tira les draps d’un coup, projetant ce qui restait de madame Lenavitz dans les airs. « PERSONNE NE VA-T-IL DONC DECROCHER CE MAUDIT TELEPHONE ? » hurla-t-elle sauvagement, ses yeux jetant des éclairs fous. Farmer se raidit, sa conscience lui revenant brusquement, et il se précipita sur le combiné.

« Ici Farmer.

- Farmer ! Bon sang, qu’est-ce que vous foutez ? On n’a pas le temps de traîner, l’insertion s’est mal passée, j’ai eut un mal de chien à localiser Miller et Bishop.

- C’est bon, agent Stewart, je vais essayer de déterminer où je suis et de trouver une cabine.

- Négatif. J’ai pu me rendre au point prévu, la vieille caserne, demandez votre chemin aux Personnalités et retrouvez-moi là-bas. Et n’éveillez pas les soupçons ! Ne faites pas le touriste !

- D’accord, d’accord. je suis en route. »

Farmer raccrocha et donna une claque retentissante à la vieille pour la faire taire. Elle tomba à la renverse sur le lit, le souffle coupé, les yeux fixes, et ne dit plus un mot. Il réajusta son costume noir, resserra sa cravate, la foudroya du regard et sorti dans le couloir en direction de l’entrée et de Blue City.

Une fois dehors, il leva la tête pour accueillir la pluie qui ne cessait jamais, et s’essuya le visage avec un chiffon volé à la femme de ménage. Personne ne fit attention à lui parmi les passants anonymes aux visages absorbés. Il aimait bien les Personnalités, ces habitants de l’inconscient collectif. Tous les agents remarquaient l’impression étrange qui se dégageaient des citoyens de Blue City, et beaucoup en étaient mal à

l’aise. Farmer, lui, n’avait aucun problème. Il s’approcha d’une voiture qui passait lentement à sa hauteur, son conducteur ayant de toute évidence du mal à trouver une place pour se garer bien que la rue fut vide. C’était une vieille voiture de marque indéfinissable avec des airs de construction européenne mais des ailettes résolument américaines. Le chauffeur le regarda tandis que Farmer se penchait à la fenêtre.

«  Un problème, l’ami ? » demanda Farmer avec un sourire amical. La Personnalité roula des yeux : « je voudrais juste me garer. Pourquoi je n’arrive pas à me garer ? »

Après une rapide conversation, Farmer grimpa au volant à la place de l’homme et gara la voiture le long du trottoir sans la moindre difficulté. mais cela sembla être un exploit aux yeux de l’automobiliste, qui lui serra la main avec gratitude et lui offrit un paquet de cigarettes. « Il y a bien une vieille caserne dans le coin ? » demanda

Farmer en empochant le cadeau. Elle n’était qu’à deux rues de là. L’homme lui indiqua comment s’y rendre et après un dernier salut, disparu dans un des immeubles.

Il lui suffisait maintenant de rejoindre l’agent Stewart, qui avait probablement fini de réunir le reste de l’équipe. Ils avaient un pyromane à retrouver.